1854-1905
Poète autant qu'humoriste, Alphonse Allais a cultivé entre autres le poème holorime, c'est-à-dire constitué de vers entièrement homophones. Exemples :
- « Par les bois du djinn où s'entasse de l'effroi,
- Parle et bois du gin, ou cent tasses de lait froid. »
ou encore :
- « Alphonse Allais de l'âme erre et se f... à l'eau.
- Ah ! l'fond salé de la mer ! Hé ! Ce fou ! Hallo. »
Il sait à l'occasion pratiquer des effets déceptifs, tel celui du vers suivant :
- « Ah ! Vois au pont du Loing : de là vogue en mer Dante.
- Hâve oiseau pondu loin de la vogue ennuyeuse. »
suivi du commentaire de bas de page :
- « La rime n'est pas très riche, mais j'aime mieux cela que de sombrer dans la trivialité. »
L'effet déceptif peut s'étendre à la dimension d'une nouvelle entière, comme l'a montré Umberto Eco dans son étude Lector in fabula, qui analyse la nouvelle d'Allais intitulée Un drame bien parisien.
Son art de « tirer à la ligne » était proverbial. Il est vrai qu'il faisait même cela avec esprit : « … On étouffe ici ! Permettez que j’ouvre une parenthèse. »
Quelques personnages reviennent de façon récurrente dans le monde d'Alphonse Allais. Le Captain Cap, de son vrai nom Albert Caperon, est un personnage qui a son franc-parler et affirme : « La bureaucratie, c'est comme les microbes : on ne parlemente pas avec les microbes. On les tue ! ». Son apparition est prétexte à fournir des recettes de cocktails.
Francisque Sarcey, critique théâtral du journal le Temps et personnification du « gros bon sens » bourgeois, est souvent cité dans les contextes les plus loufoques. La « victime » ne s'en formalisait pas, et se réjouissait même d'être imitée — Allais signait volontiers de son nom, ou de celui de Sarcisque Francey — par un écrivain aussi spirituel. Un autre auteur lui ayant emprunté le procédé, Allais tint à mettre les choses au point : « Deux personnes seulement à Paris ont le droit de signer Francisque Sarcey : moi-même d'abord, et Francisque Sarcey ensuite. » source
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